Forte solidarité pour Noël à Saguenay

Le sapin de Noël est prêt depuis déjà plusieurs semaines dans la maison de la famille Lachance, le calendrier de l’Avent est à moitié dévoré et les chaussettes brodées avec les noms des membres de la famille sont accrochées au mur. Mais si les enfants sont surexcités à l’approche des fêtes, pour les parents, Noël peut être synonyme de casse-tête budgétaire.

« Avec un seul revenu, on doit faire attention, mais en même temps, on veut faire plaisir à nos enfants », déplore le père de famille, Guy. Si sa petite famille ne connait pas de grandes difficultés financières en temps normal, à l’approche de la fin de l’année, sa conjointe Caroline et lui font attention à chaque dollar dépensé pour ne pas voir leurs comptes tomber dans le rouge. Ils ont aussi quelques stratagèmes en réserve et économisent toute l’année pour se permettre quelques folies pour les fêtes.

Mais chaque année, leur marge de manœuvre se restreint petit à petit, principalement à cause de l’inflation des prix des produits alimentaires, de l’essence, et d’autres produits essentiels. Selon une étude du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation québécois publiée en novembre 2021, le prix des produits alimentaires a augmenté de 2.5 % entre 2020 et 2021, poursuivant une tendance entamée depuis de nombreuses années.

Océanne Lachance n’ignore rien de la situation de ses parents, et reste compréhensive. « A 18 ans, ce qui m’importe à Noël, c’est d’être en famille. Les cadeaux, c’est secondaire. Autant qu’ils économisent pour mon frère », sourit l’étudiante. Mais pour ses parents, pouvoir offrir des cadeaux à leurs enfants, ça reste important.

Ils n’ont en revanche jamais envisagé avoir recours à des œuvres de charité pour pouvoir subvenir à leurs besoins, que ce soit pour des produits de première nécessité ou au moment des cadeaux de Noël.

De nombreuses œuvres caritatives

Si les Lachance préfèrent se débrouiller par leurs propres moyens, de plus en plus de familles ont recours à des œuvres caritatives pour offrir des cadeaux à leurs enfants. C’est d’ailleurs l’objectif principal de l’association La Caserne aux Jouets. Créée par Mario Gagnon en 1998 à Chicoutimi, elle permet aux Saguenéens de faire des dons de jouets. Ceux-ci sont ensuite triés par l’un des huit bénévoles permanents, réparés si besoin et stockés jusqu’à être confiés à d’autres enfants.

Cette année, dû à la pandémie, pas question de faire une collecte unique. Elle s’est donc étalée sur 4 samedis, du 18 novembre au 15 décembre. Et même si la météo n’était pas clémente samedi 27 novembre, les donateurs ont quand même afflué, pour le plus grand bonheur de M. Gagnon. « C’est la 34ème collecte que je fais, mais je suis toujours aussi content de voir des gens franchir la porte pour faire des dons qu’au premier jour », s’amuse-t-il, bonhomme.

Sa caserne aux Jouets, c’est son jouet à lui, une véritable caverne d’Ali Baba dans laquelle il peut évoluer les yeux fermés tant il en connait les moindres secrets. Des centaines de jeux de tous types y attendent leur futur propriétaire, méticuleusement triés et entreposés sur leur étagère. Chaque année, environ 40000 jeux sont récupérés, pour environ 35 000 reversés à des enfants.

Les profils des donateurs sont très variables, allant de parents qui donnent les anciens jouets de leurs enfants car ils ont grandi et ne s’en servent plus à ceux qui achètent chaque année des jeux neufs pour en faire directement don à l’association.

Partout à Québec, d’autres opérations sont menées pour que tous les enfants puissent profiter d’un beau Noël, à l’image d’Opération Père Noël, qui permet à ceux qui le souhaitent de se muer en père Noël pour un enfant en lui offrant un cadeau de sa liste. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, 748 enfants ont bénéficié de cette opération en 2020. « Ce sont des enfants issus de familles très défavorisées, voire parfois abandonnés à leur sort. Les pères Noël leur permettent d’oublier un moment tous leurs soucis et de vivre la magie de Noël », explique la coordinatrice pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, Karine Brassard.

Des associations de plus en plus sollicitées

Mario Gagnon a constaté une hausse des personnes venant le solliciter pour récupérer des jouets. « Avec le coût de la vie qui augmente chaque année, c’est difficile pour pas mal de personnes maintenant. Mais c’est pour ça qu’on existe aussi, on veut les aider ». Pour lui, il n’y a rien de honteux à pousser la porte de sa caserne.

La caserne aux Jouets a récemment mis en place des dons de jouets en dehors du Saguenay. Depuis quelques années, des caisses de jeux partent vers Haïti, certains pays d’Europe de l’Est ou en République démocratique du Congo. Plusieurs réserves autochtones canadiennes ont également bénéficié de la générosité des donateurs saguenéens l’année dernière. M. Gagnon s’explique : « On a toujours un gros stock de jouets qui reste, donc plutôt que de tout garder, on préfère en faire profiter un maximum d’enfants. Parce que Noël sans cadeaux, c’est plus vraiment Noël quand on est petit ».